Transpersonnel, mode d’emploi (1)

T

Parler de « transpersonnel », c’est comme parler d’« inconscient » : chacun peut y mettre ce qu’il veut sans qu’on sache précisément de quoi il est question.
Mon objectif ici n’est pas de parler du transpersonnel en général mais de ce qu’il représente pour le coach que je suis.
En effet, la moindre des choses qu’on attend d’un coach ou de toute personne engagée dans une pratique d’accompagnement ou de thérapie, est qu’elle clarifie, pour elle-même et pour les autres, les présupposés qui sous-tendent ses interventions.
J’entends par là sa vision du monde, ses croyances, ses valeurs, ses préjugés (ses stéréotypes), sa représentation de l’être humain, de la vie… Autant d’éléments qui déterminent sa posture et ses stratégies.
Car s’il est un domaine où la « neutralité » n’existe pas, c’est bien celui-là !

Tel serra donc mon but : expliciter la nature du transpersonnel intégré dans mes coachings, en le référant aussi bien à mon expérience personnelle, à mes rencontres ainsi qu’à la connaissance acquise à travers l’œuvre de précurseurs.

Si j’ai cité en premier mon expérience personnelle, c’est parce qu’il me paraît impossible de parler du transpersonnel sans en avoir fait soi-même l’expérience.
Car, la plupart du temps, ces énergies « subtiles », qui affectent un individu en particulier, ne sont pas perçues par l’entourage pour qui elles demeurent au sens propre « hermétiques ».
C’est parce qu’on en a été soi-même le ou la destinataire qu’on peut attester de leur réalité, et ainsi passer de la conviction à l’objectivation.
Inutile de dire que leur fonctionnement « sélectif », en touchant un individu en particulier à un moment donné, demeure mystérieux… et ouvre de ce fait à diverses interprétations, suivant le cadre de référence adopté.

La nature même du métier de coach offre, de ce point de vue, un cadre structurant pour aborder un domaine dont les manifestations, outre le fait qu’elles sont imprévisibles et souvent déconcertantes, heurtent en grande partie le « sens commun » et le dogme matérialiste dont j’ai déjà parlé.
En effet, le coach n’est pas là pour promouvoir une idéologie (un système d’idées) et convaincre qui que ce soit.
Ce qu’on lui demande, c’est d’accueillir une personne, de comprendre au mieux sa problématique et ses attentes, et de l’aider à mobiliser de nouvelles ressources lui permettant d’atteindre les objectifs fixés ou même de s’engager dans une voie en accord avec ses valeurs et ses aspirations.
Pour la personne concernée, le coaching représente à la fois un espace de compréhension, de conscientisation mais aussi d’élaboration et de détermination des actions à entreprendre.
Il ne s’agit pas simplement de s’adapter au réel mais de le transformer en y incluant ses qualités et sa créativité.
Si le transpersonnel a une quelconque utilité pour le coach et son client, c’est parce qu’il va apporter des éléments déterminants dans ce processus qui repose avant tout sur une rencontre où le « génie » de chacun des protagonistes va pouvoir s’exprimer.

Génie ?! Eh oui, nous voici de plain-pied dans le champ du transpersonnel !
Volontairement, je mets un G majuscule pour le distinguer du génie qu’on attribue à des êtres d’exception, souvent à des artistes qui ont marqué leur époque.
Le Génie dont il est question ici concerne n’importe qui et se déploie à travers 2 types de manifestations :
– D’une part, un ensemble de capacités innées qui sont au fondement de la singularité de l’être,
– D’autre part une Présence qui peut se manifester de différentes façons dans des circonstances particulières.

Pour le coach transpersonnel, cela signifie que la personne qu’il rencontre comporte une double « facette » : d’un côté la femme ou l’homme qui le consulte, de l’autre un être singulier qui est connecté à un autre « niveau de réalité » dont la personne n’a généralement pas conscience (niveau qui n’a pas besoin d’être forcément étiqueté : il suffit de savoir qu’il existe)
Rien ne dit au départ que cet autre « niveau de réalité » prendra sa place dans l’espace du coaching. Mais s’il s’avère que tel évènement ou manifestation paraît s’y rapporter, cela deviendra pour le coach transpersonnel un élément à prendre en compte (au même titre que les autres informations qu’il recueille par ailleurs).

Concernant le premier point, à savoir des capacités innées repérables chez chacun, l’émergence des « multipotentiels » en donne une idée assez précise.
Un multipotentiel, c’est quelqu’un qui, spontanément, va être attiré par des domaines différents qu’il va chercher à approfondir avec la même intensité. Souvent cet intérêt se double de capacités intellectuelles et pratiques « supérieures à la moyenne ».
Howard Gardner, professeur à Harvard et concepteur des « intelligences multiples », a apporté de ce point de vue un éclairage déterminant : d’une part, en identifiant 10 intelligences fondamentales d’égale valeur, d’autre part en incluant dans ses critères de recherche la présence de prodiges et d’individus exceptionnels ayant mis en œuvre cette intelligence, souvent dès leur plus jeune âge, et sans qu’on puisse le référer forcément à un modèle familial ou à un apprentissage précoce.

Toujours dans ce domaine, il faut citer James Hillman, psychologue et analyste, qui publie en 1997 « The Soul’s Code : on Character and Calling », traduit en français sous le titre « Le code caché de votre destin ».
Dans cet ouvrage qui s’appuie sur de nombreux exemples de parcours de personnalités, Hillman met en exergue l’influence du Daïmon, un des nombreux noms de cette Présence invisible qui peut se montrer et s’imposer en certaines situations.

Je dois dire qu’en 2 occasions, j’ai fait l’expérience de cette réalité, sous la forme d’une voix intérieure qui s’est manifestée de manière directe et précise.
Pour les férus d’inconscient, pour qui l’inconscient individuel est omnipotent et omniscient, ainsi que pour les sceptiques invétérés, je tiens à préciser qu’à chaque fois j’étais à jeun et que je ne présentais pas de troubles psychiatriques particuliers !
Bien entendu, cette « petite voix » (qui est un des modes de manifestation du Daïmon) ne date pas d’hier. 
Socrate, dans l’œuvre de Platon, évoque à plusieurs reprises sa relation au Daïmon. Notamment au moment de son procès, quand il doit faire face à l’accusation selon laquelle il n’honorerait pas les dieux de la cité. Il répond qu’il n’en est rien puisque depuis son enfance, une voix se manifeste parfois : « C’est une voix qui, lorsqu’elle se fait entendre, me détourne toujours de ce que je vais faire, mais qui jamais ne me pousse à l’action “.
Il confie qu’il ne choisit pas forcément ses disciples : « A quelques-uns la chose divine qui m’arrive me retient de m’unir, à quelques-uns elle me laisse le faire ».
En ce qui me concerne, le brusque jaillissement de cette « voix » (qu’on ne peut confondre avec rien d’autre) s’est fait à des moments cruciaux dont a découlé ensuite toute ma trajectoire.
Dans un cas, il s’agissait de ne surtout pas abandonner un cursus qui venait de commencer, cursus qui a été à la base de ma seconde partie de vie, dans l’autre cas, c’est une information clé qui m’a été communiquée, information, comme le dit un collègue belge, que je n’aurais pas pu sucer de mon pouce !
Pour qui s’intéresse au transpersonnel, y compris dans sa dimension transculturelle, il n’y a rien là-dedans d’extraordinaire. Toutes les Traditions font état de semblables expériences.
Seule notre méconnaissance profonde de ce domaine nous amène à pousser des cris d’orfraie quand ces sujets sont abordés.

Pour compléter ce premier volet, Jung, à la fin de sa vie nomme « personnalité n°1 et personnalité n°2 les deux dimensions de son individualité : « Au fond, je savais toujours que j’étais deux… L’un était le fils de ses parents ; celui-là allait au collège, était moins intelligent, moins attentif, moins appliqué, moins convenable et moins propre que beaucoup d’autres ; l’autre, au contraire, était un adulte ; il était vieux, sceptique, méfiant et loin du monde des humains. Mais il était en contact avec la nature, face à la terre, au soleil, à la lune, aux intempéries, aux créatures vivantes et surtout à la nuit… Le jeu alterné des personnalités numéro 1 et numéro 2, qui a persisté tout au long de ma vie, n’a rien de commun avec une « dissociation », au sens médical ordinaire. Au contraire, il se joue en chaque individu. Dans ma vie, c’est le numéro 2 qui a joué le rôle principal et j’ai toujours essayé de laisser libre cours à ce qui voulait venir à moi de l’intérieur » (extraits de Ma vie, pp. 65-66, Gallimard).

La dynamique de la personnalité n°2 est très proche de celle du Daïmon. Comme le souligne Jung, « En moi il y avait un Daïmon qui, en dernier ressort, a emporté la décision… Le démon intérieur et l’élément créateur se sont imposés en moi de façon absolue et brutale ».

Ces lignes mettent l’accent à la fois sur la puissance de cette énergie et sur le fait que tout individu est potentiellement concerné par cette « pulsion de vie ».
Le coach transpersonnel ne peut pas faire comme si cette dimension subtile n’existait pas.

C’est elle qui se trouve au fondement de sa fonction de Passeur.

Dans un prochain texte, je préciserai la démarche et les outils qui me permettent de repérer ces deux dimensions de l’individualité et du caractère dans le cadre d’un coaching.