Thème natal et Dharma

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Comme l’ont souvent constaté ceux qui sont intéressés par une meilleure connaissance de soi, la Carte du Ciel de naissance livre des informations essentielles concernant la personnalité et le caractère. Par ailleurs, la Carte du Ciel est un des rares supports qui permet de comprendre la complexité et les paradoxes de la psychologie individuelle en les intégrant dans un tableau global où les différentes facettes de l’être font apparaître sa véritable singularité. 
C’est là où l’étude du thème natal se distingue fondamentalement de l’horoscope qui envisage la personnalité uniquement à travers le Signe dans lequel se trouve le Soleil alors que le thème de naissance ne se comprend qu’à travers la position et l’angularité de 10 planètes, elles-mêmes réparties dans l’ensemble des 12 Signes du Zodiaque.
On peut avoir 3 ou 4 planètes dans un Signe autre que le Signe solaire ou l’Ascendant, ce qui fait qu’il occupe une place déterminante dans la dynamique personnelle.
Mais c’est une autre dimension de la Carte du Ciel que je vais aborder ici.

Parmi les différentes positions que l’astrologue intègre dans son interprétation, figure en bonne place l’axe des Nœuds lunaires. En particulier lorsque l’astrologue envisage le thème natal comme une carte d’état-major qui met en évidence un capital et des ressources innées tout en indiquant des directions et des formes d’accomplissement privilégiées.
Le Nœud sud de la Lune se réfère, de par sa position en Signe et en Maison, à un ensemble de prédispositions qui se révèlent dans la première partie de vie comme des registres familiers et des ancrages réconfortants. 
Le Nœud nord de la Lune, qui se situe dans le Signe et la Maison opposés au Nœud sud, décrit l’axe d’évolution proposée à la personne. Cette « proposition » d’évolution apparaîtra souvent comme une injonction et une « nécessité vitale » dans une seconde partie de vie si jamais son importance n’a pas été perçue et vécue. 
Mais il n’y a pas de règle : les tournants majeurs de l’existence peuvent se produire à n’importe quel âge, à 25 ans comme à 40 ou à 75 ans.

Tous les manuels d’astrologie, lorsqu’ils abordent la question de l’interprétation des Nœuds lunaires, se réfèrent presque toujours à une « lecture karmique » du thème.
Or, pour moi, l’essentiel n’est pas le Karma de la personne mais son Dharma.
Aborder l’axe de Nœuds lunaires, c’est effectuer avant tout une « lecture dharmique » de la destinée (au sens de ce qui nous est destiné).
La différence est importante et il ne s’agit pas simplement d’une affaire de mots.
Le Karma, au sens oriental du terme, décrit l’enchaînement des actions et des actes que chacun est amené à poser (y compris les paroles et les jugements), autant de choses qui laissent des « traces », même si nous n’en sommes pas conscients.
Dans sa transposition occidentale, le mot Karma a pris le sens de destin, d’enchaînement à des actes du passé impliquant de faire face et de réparer, dans cette existence, des blessures, morales ou physiques, que nous aurions causées en d’autres temps et d’autres lieux.
On parlera ainsi de Karma familial lorsque plusieurs personnes se retrouvent liées et « enchaînées » avec la nécessité de régler une problématique qui se répète (et dans une perspective karmique, cette répétition a ses racines dans des expériences antérieures).
Or, la finalité première de l’axe des Nœuds lunaires n’est pas de se focaliser sur les ancrages passés, même si ceux-ci font partie du bagage de l’être qui s’incarne.
Au moins deux raisons à cela : la première, c’est le rappel incessant que nous disposons d’un levier majeur qui s’appelle la conscience, qui elle-même est au fondement de notre libre-arbitre et des choix que nous faisons.
L’autre raison, c’est le constat que les Nœuds lunaires décrivent une dynamique qui va du passé vers le présent et l’avenir. En empruntant ce Chemin d’évolution, la personne va se « compléter » et acquérir de nouvelles ressources qui feront d’elle un personnage moins rigide et plus complet dans sa façon d’être. Elle pourra aussi se réaliser dans une autre voie que celles qu’elle connaît déjà.
Cette évolution personnelle, intérieure et extérieure, contribuera à transformer certaines des problématiques passées sans que la personne ait besoin de se focaliser dessus.
Suivre son Dharma apparaît donc comme un des meilleurs moyens pour transformer une empreinte karmique et se délier d’un passé encombrant.
Mais qu’est-ce que le Dharma qui est un des piliers des traditions religieuses de l’Inde et du Tibet, que ce soit dans l’Hindouisme ou le Bouddhisme ? 
Dharma signifie « loi » : mais de quelle loi s’agit-il ?
En fait ce terme polysémique désigne aussi bien l’ordonnancement du cosmos, l’enseignement du Bouddha, les lois politiques et sociales, la morale et, pour ce qui nous concerne, la nature profonde de l’être. 

Mieux vaut sa propre loi d’action, même imparfaite, que la loi d’autrui même bien appliquée. Il est périlleux de suivre la loi d’autrui. (Bhagavad Gita, traduction Shri Aurobindo)
On pourrait alors remplacer Dharma par aspiration profonde, destinée, mission, vocation…
Dharma et vocation se rejoignent donc sur un point : le fait que chacun possède sa propre loi intérieure et ressent parfois l’impérieuse nécessité de répondre à un appel (sens de vocare).
C’est là qu’émerge la singularité de l’être, son génie propre qui repose sur sa capacité à imprimer aux situations une marque particulière. 
Le génie dont il est ici question embrasse toutes les activités humaines, de la plus modeste à la plus élaborée, action sensible ou visible qui influe sur la marche du monde, quel que soit le niveau, proche ou lointain.
C’est là où, astrologiquement parlant, la trajectoire individuelle se met en harmonie avec la configuration astrale.
Qui suis-je ? Comment trouver ma place ? Quelle est ma raison d’être, dès lors qu’on pressent que sa vie a un sens et ne se restreint pas aux déterminations culturelles, familiales et sociales ? 
Telles sont quelques-unes des questions sur lesquelles le thème natal et l’axe des Nœuds lunaires apportent des éclairages qui peuvent être déterminants en fonction du carrefour de vie où l’on se trouve.